13.juil.2010 Ubuntu 10.10 : et après
Ubuntu est la distribution Linux PC grand public la plus populaire. Elle revendique un peu plus d’une dizaine de millions d’utilisateurs. Cela ne doit pas cacher une chose : c’est bien peu par rapport à Windows (qui équipe 90% du parc de PC) et Mac OSX (9%).
Alors, y a t-il encore aujourd’hui une place pour Ubuntu 10.10 et ses successeurs?
Une progression certe… mais lente
Ubuntu revendique 12 millions d’utilisateurs en 2010. Ce chiffre était de 8 millions en 2008. Mais cette évolution positive n’est rien par rapport à celle de Mac OSX. Apple a en effet annoncé que le nombre d’utilisateurs de Mac OSX est passé de 25 millions à l’époque de Tiger (version 10.4) à 75 millions avec Leopard (version 10.5).
Et je n’ai pas les chiffres de Snow Leopard….
Alors certe, Ubuntu s’impose dans certaines administrations (la gendarmerie chez nous… oui, il existe des Geeks à moustaches), chez des acteurs majeurs du web comme Wikipedia ou Google (ils utilisent des serveurs Ubuntu) et dans certaines universités.
Mais cela ne doit pas cacher le manque de notoriété d’Ubuntu auprès du grand public malgré des accords avec certains grands constructeurs (on se souvient de Dell, HP ou Lenovo dernièrement) et un produit plein de qualité.
Des occasions à saisir
En 5 ans le paysage IT a complètement changé.
En 2005, Le Microsoft d’avant Vista était imbattable. En 2005, Apple vendait des cargaisons d’iPod et peu de Mac. En 2005, le Geek s’achetait un Nokia ou un BlackBerry pour surfer sur un Internet
mobile peu évolué.
Depuis, 3 marchés ont émergés auprès du grand public :
- Les smartphones : l’iPhone est arrivé, Google a réagi en lançant Android, et concrètement les opérateurs misent aujourd’hui sur ce dernier pour éviter d’être totalement dépendants du téléphone d’Apple sur le segment smartphones.
- Les netbooks: après quelques mois, Microsoft a repris la main sur ce marché.
- Les tablettes: Un échec de Microsoft….un succès délirant d’Apple qui invente le coupé deux places dans un monde de camion ( dixit Steve Jobs lors de conférence D8).
Ces territoires sont a priori de belles opportunités pour Ubuntu 10.10 et ses successeurs.
Hypothèse 1 : Vers une arrivée sur les smartphones?
La situation sur le marchés des smartphones est compliquée. Beaucoup d’acteurs aussi bien sur le plan matériel que logiciel.
Cependant, Androïd est la seule plate-forme transverse à plusieurs constructeurs qui arrive à toucher le grand public ( ce qui n’est plus le cas de winmo). A tel point qu’un constructeur comme Samsung a développé son propre OS sur le même modèle qu’Androïd afin de rester indépendant du petit robot vert.
On peut imaginer que d’autres constructeurs prennent cette voie et choisissent d’avoir dans leur gamme des modèles équipés d’ un OS qui leur serait exclusif (Ubuntu Mobile via un accord avec Canonical) et d’autres équipés d’Android par exemple.
LG ou Motorola seraient de bons candidats à ce type d’accord.
Hypothèse 2 : Vers un retour sur les netbooks?
Microsoft a rattrapé très rapidement le marché des netbooks avec le vieillissant XP dans un premier temps et aujourd’hui avec Seven.
Malgré tout, la contre-partie pour l’utilisateur est trop handicapante.
Les caractéristiques techniques de ces machines n’évoluent presque pas en raison des spécifications définies et imposées par Microsoft. Si ces caractéristiques étaient fondées sur une optimisation des performances de Windows sur ces machines , je n’y verrais pas de problème. Ce n’est bien évidement pas le cas.
De son coté, Google a opté pour un stratégie ambitieuse d’OS totalement connecté qui va mettre un certain temps à s’imposer…si elle s’impose.
Il reste donc encore un petite place à Ubuntu sur ce marché car Ubuntu Netbook Edition est plutôt réussi et donne une vraie légitimité à Canonical sur ce marché. De plus, certains concepts qui s’imposent
dans la monde de la téléphonie sont déjà présents au sein de cette distribution ( notamment l’Ubuntu Software Center et son ancêtre le gestionnaire de paquet qui sont l’équivalent sur PC de l’Appstore).
Canonical n’abandonne d’ailleurs pas ce terrain en proposant dès la prochaine version de la distribution une toute nouvelle interface optimisée pour les netbooks.
Cependant, le pari ne peut être gagné que si des accords avec des constructeurs sont passés afin d’optimiser l’OS pour certains modèles de PC. Aussi bon soit-il, un OS pour netbook se doit d’être un champion de l’autonomie et ce n’est pas le cas d’Ubuntu Netbook Edition.
Canonical semble bien l’avoir compris. En effet, Mark Shuttleworth a dévoilé en mai dernier Ubuntu Light (disponible à partir d’Ubuntu 10.10), un concept d’OS « de secours » à démarrage instantané pour les netbooks équipés de Windows.
Ubuntu Light serait donc l’OS de prédilection pour les séances de surf. Le reste des usages étant assuré par le système de Microsoft, qui lui, démarre plus lentement.
Pour que ce système tienne ses promesses, Canonical va restreindre l’accès à cette version d’Ubuntu aux constructeurs qui devront optimiser l’OS pour leur machine.
Une démarche à suivre de près même si le concept d’OS de secours me semble un peu bancal dans l’utilisation.
Cependant, c’est sans doute le marché sur lequel Ubuntu a le plus de billes.
Hypothèse 3 : Vers l’Ubuntablette?
Le marché des tablette vient à peine de décoller grâce à l’iPad. Il est rare qu’un marché ne reste qu’avec un seul acteur installé. HP a d’ailleurs racheté Palm avec l’espoir de conquérir lui aussi les
potentiels utilisateurs de tablette.
Il y a encore une place à prendre sur ce marché au coté d’Android et iOS. Canonical cependant n’a pas l’air de prendre l’affaire très au sérieux et semble se concentrer sur les netbooks plutôt que sur les tablettes…en tout cas jusqu’à Ubuntu 10.10.
Les hypothèses périphériques
Les trois marchés ci-dessus sont très disputés. Nous pouvons imaginer pour Ubuntu d’autres possibilités pour atteindre le grand public. Un peu comme Apple l’a fait avec l’iPod et son fameux effet halo.
Ce sont les hypothèses « farfelues ».
Hypothèse 4 : Découvrir Ubuntu à travers les nuages
Ubuntu s’impose chaque jour un peu plus sur le marché des OS pour serveurs. Il est donc parfaitement légitime pour s’imposer sur le marché de la sauvegarde.
Canonical a déjà sorti Ubuntu One qui se veut un service de stockage concurrent de Dropbox ou Live Mesh. Cependant, Ubuntu One n’est compatible qu’avec les PC équipé d’Ubuntu. Pourquoi ne pas ouvrir ce service aux autres OS? J’ose espérer que ce choix ne durera que le temps de la beta et qu’ensuite je pourrais installer Ubuntu One sur mon PC équipé de Windows.
En poussant la réflexion plus loin, on peut imaginer que tous les terminaux que nous utilisons aujourd’hui seront dépourvues demain d’unité de stockage. C’est le pari qu’a pris Google avec Chrome OS notamment.
Or, en schématisant qu’est ce qu’un système d’exploitation aujourd’hui?
- un moyen d’accéder à des services connectés,
- un moyen d’accéder à du contenu stocké localement.
On peut imaginer l’enrichissement graduel d’Ubuntu One pour petit à petit dédramatiser le switch d’un OS « connu » à Ubuntu.
Hypothèse 5 : Vers des liseuses Ubuntu?
Autre cheval de Troie possible : les liseuses.
Fortement concurrencées par l’iPad, les liseuses n’ont pas dit leur dernier mot. Il existe aujourd’hui des modèles chez Sony, Amazon et d’autres plus confidentiels.
Or, aujourd’hui, toutes ces liseuses fonctionnent sous des OS différents.
Là encore, on peu imaginer un OS qui standardiserait leur fonctionnement avec en bonus des applications à télécharger et un book shop unique.
Un rôle qu’Ubuntu pourrait très bien tenir.
Hypothèse 6 : vers l’APN Ubuntu?
Je vous parlais il y a quelques temps d’une application iPhone appelée Hipstamatic. Cette dernière permet de faire des clichés vintage en choisissant soi-même quelle combinaison de pellicule, objectif et flash on souhaite emuler. Le système est performant et surtout permet d’acheter des « plugins » pour créer d’autres combinaisons.
Cette application fait un malheur sur iPhone.
On se prend à rêver en pensant à un petit compact qui utiliserait Hipstamatic en tant qu’OS. On imagine alors un APN avec des milliers de combinaisons possibles, un peu comme Ricoh le propose aujourd’hui avec un APN modulaire appelé le GRX.
On se prend également à rêver à un APN connecté qui permettrait de transférer facilement ses clichés, de les traiter in situ sur l’appareil. D’ailleurs, Nikon fait plus qu’y réfléchir.
Cela correspondrait bien à la philosophie d’Ubuntu de proposer ce genre d’appareil et de travailler avec un constructeur afin de réaliser le produit… Un peu à la manière d’Apple avec l’iPod, qui, je le rappelle n’est pas une pure création made in cupertino.
Conclusion : La notoriété viendra hors du PC
Pour toucher le grand public, Ubuntu doit créer sa notoriété hors du cadre stricte du PC. En effet, la concurrence y est trop rude et si Canonical souhaite se battre uniquement sur ce terrain, c’est à mon
avis peine perdue.
Les six hypothèses ci-dessus visent à trouver un territoire qui permettrait à Ubuntu d’avoir un produit aussi emblématique que l’iPod pour accroitre sa notoriété auprès du grand public.
La question est maintenant de savoir dans quelle mesure le temps n’est-il pas compté face à un Google de plus en plus omniscient?
Et vous qu’en pensez-vous? Voyez-vous d’autres pistes pour Ubuntu?
NB : l’application WordPress pour iPad est vraiment pourrie. Donc pas d’image dans ce post. Stp, monsieur WordPress, fais-nous une super appli.
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