10.août.2010 Ubuntu est-il soluble dans les nuages?
L’infonuage est une grosse tendance de ses dernières années. Touchant d’abord les entreprises, le phénomène commencent à émerger auprès du grand public.
Et ces derniers temps Canonical ne ménage pas ses efforts pour s’imposer sur le marché du cloud-computing. Témoin, la sortie de Cloud-init :
« Cloud-init, the successor to ec2-init that expands the latter’s functionality beyond Amazon’s EC2, is a tool that makes it easy to customize generic Ubuntu cloud images. Rather than having to tweak a cloud-based system manually after it first boots, users can deploy cloud-init to automate tasks like adding repositories and importing ssh keys when an image is initalized. » workwithu.com, août 2010
Ce n’est qu’un nouvel épisode de la volonté de Canonical d’installer Ubuntu dans cette tendance. Mais cela peut-il lui permettre de s’imposer auprès du grand public?
Canonical et le cloud
…Comment ça marche?
Acte 1: Les entreprises peuvent bénéficier depuis la version 9.10 d’une intégration native d’Eucalyptus Cloud Computing, un projet facilitant la mise en place d’un « nuage » privé au sein des entreprises. De plus, Eucalyptus est compatible avec les API de EC2, la solution de cloud d’Amazon.
Acte 2: Le grand public, lui, dispose d’un service de stockage en ligne concurrent de DropBox qui s’appelle Ubuntu One. Je l’ai essayé à sa sortie, je suis plutôt sceptique sur sa valeur ajoutée versus un Dropbox. Pour l’instant, le service n’est disponible que pour les « Ubunteros ».
Mais au delà de l’aspect « produit », la sortie d’Ubuntu One a provoqué l’émoi de la communauté Libre. Cette dernière y a vu un acte de trahison de par l’utilisation de serveurs propriétaires.
C’est un débat plus large que la simple distribution Ubuntu. Tout le monde du logiciel libre est concerné.
Le cloud difficilement compatible avec le logiciel libre
Le cloud a mauvaise réputation chez les « libristes ». Mais laissons parler Richard…
« Liberté 1 : La liberté d’étudier le fonctionnement du programme — ce qui suppose l’accès au code source ; » Free Software Foundation
En utilisant des services de cloud, on perd le contrôle de ses données.
Il y a donc un vrai problème. Certains y voient même une gigantesque entour-loupe (cf. la conférence « Internet Libre ou Minitel 2.0″) qui « tue » Internet.
Aussi, je recommande la lecture de cette analyse qui annonce la fin de l’ère Hardware/Software avec cette conclusion :
« La révolution du logiciel libre n’aura servi à rien si une forme d’informatique centralisée et basée sur le hardware fait main basse sur notre liberté. » Framablog
Alors doit-on condamner pour autant Ubuntu car philosophiquement incompatible avec le Cloud Computing sur un marché qui semble aspiré par cette vague?
Non, parce que le logiciel va se battre face au tout on-line ou pourquoi Ubuntu, Apple et Microsoft ont un intérêt commun
Google tente d’amener ses concurrents (Apple et Microsoft) sur son « territoire », l’internet, via des services en ligne et bientôt un OS complet pour netbook.
Apple et Microsoft n’ont aujourd’hui pas interêt à se déplacer sur un terrain qu’ils connaissent de toutes façons moins bien que le célèbre moteur de recherche.
Apple, dont la renommée tient sur la maîtrise du hardware et du software, freine des quatre fers et tente de légitimer le software là où il peut. C’est la logique qui est derrière l’AppStore, aujourd’hui présent sur iOS mais qui va sûrement atterir sur Mac OS bientôt.
Pour Microsoft, c’est une question de survie. L’entreprise de Seattle est un nain sur le marché des serveurs et propose finalement peu de services connectés à part la suite Live. Le Cloud Computing est donc un vrai danger pour la firme présidée par Steve Ballmer.
Donc pour ces gens-là, le Cloud, c’est plutôt une menace ou à tout le moins un défis à relever.
Donc, d’une façon ou d’une autre, ils défendront le logiciel tout en mettant quelques services en ligne (genre Office, Mobile Me etc…) mais cela se fera toujours en réaction. Nous pouvons compter sur eux pour ralentir la transition software/cloud computing.
J’en veux pour preuve le manque d’ambition de ses deux derniers acteurs sur le stockage en ligne.
Le stockage on-line est encore loin du stockage off-line
Que cela soit DropBox ou Ubuntu One, les capacités de stockage on-line des offres gratuites ou payantes sont encore limitées à quelques gigas. Même sur Google, moyennant finance, le Tera revient à 256$ par an.
On peut imaginer une baisse des prix du stockage mais ce n’est pas pour tout de suite…
Il y a donc un interstice concurrentiel à combler. On peut imaginer qu’Ubuntu s’y engouffre via un système basé sur le home computing.
C’est la démarche de PogoPlug. C’est un petit serveur personnel relié à votre disque dur d’un coté et à une interface web de l’autre qui permet de d’avoir à accès à ses données depuis n’importe quel PC ou Smartphone :
La limitation actuelle du on-line est contournée. Votre espace de stockage correspond à la capacité du disque dur que vous avez branché sur votre Pogoplug.
UbunPlug et station légère de surf?
Et si Canonical se lançait sur ce marché? …en créant un UbunPlug relié à Ubuntu One. Ainsi, l’utilisateur serait toujours propriétaire de ses données tout en bénéficiant d’un accès universelle à celles-ci.
Canonical sortirait une sorte de produit emblématique (Cheval de Troie?) sur lequel il serait totalement légitime.
Pourquoi pas lancer ensuite un plugcomputer comme le Sheevaplug, sous une version d’Ubuntu spécialement concu pour les très petites configurations, centrée sur l’essentiel, qui permet de surfer sur le net? Un bon moyen de toucher les pays émergents.
Conclusion: Ubuntu comme fer de lance du home computing
J’ai souvent exprimé sur ce blog mon intérêt pour les dernières innovations du cloud grand public en général et de Google en particulier. Je suis toujours très impatient de tester un Netbook sous Chrome OS et il ne s’agit pas de « jouer » au « libriste » pour être honnête.
Cependant, la transformation d’Internet en Minitel 2.0 ne peut pas satisfaire les afficionados d’Ubuntu et du logiciel libre en général.
Plutôt que d’accompagner la tendance globale, Ubuntu peut au contraire proposer une autre philosophie à travers un produit grand public, comme je le décris ici, un serveur personnel simple à installer et simple à utiliser.
C’est une piste à ne pas négliger pour que la distribution Linux la plus répandue se fasse réellement remarquer du grand public tout en répondant au besoin de disponibilité universelle des données.
Reste à savoir combien de temps il reste à Canonical pour prendre sa place.
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