28.jan.2011 GNU/Linux est-il viral? La réponse avec Seth Godin
[Crédit photo pour la bannière : archiemcphee]
J’ai récemment terminé la lecture de « Unleashing the ideavirus » du gourou marketing américain Seth Godin ( représenté ci-dessus par une figurine , non ce n’est pas Fantomas
) .
Mais qui est Seth Godin?
Ancien responsable du marketing direct de Yahoo (merci Wikipedia
) Seth Godin a notamment développé la théorie du marketing de la permission.
« Unleashing the ideavirus », la suite de « Permission marketing », est, pour la petite histoire, resté longtemps le ebook le plus téléchargé, car son illustre et chauve auteur a eu la bonne idée de diffuser gratuitement et librement son ebook sur son site à sa sortie en 2000 (si c’est pas du visionnaire premium ça…)! Si vous souhaitez le télécharger : cliquez ici…
« Unleashing the ideavirus » est un ouvrage séduisant car la plupart des dispositifs présentés dans cet ouvrage sont devenus réalité aujourd’hui.
La thèse du livre est qu’il ne sert plus à rien de faire de grosse campagne de communication, que les plus grosses possibilités sont aujourd’hui offertes par le bouche à oreille « électronique ».
Il anticipe ce que nous connaissons en masse aujourd’hui avec les pages Facebook des petites comme des grandes entreprises et plus globalement, la montée en puissance du marketing viral et de ses dérivés.
Un petit extrait du bouquin m’a marqué :
« Some viruses are juste never going to cross the chasm. Try as they might, the computer nerds are having no luck at all getting normal people to start using Linux » (…comprendre ici GNU/Linux).
Le « gouffre » dont parle Godin est l’espèce de mur invisible de la popularité que bien des « concepts » n’arrivent pas à franchir, les condamnant à un popularité réservée à une petite tribue.
Force est de constater qu’une dizaine d’année plus tard, cette sentence est toujours vraie. Le grand public n’utilise pas GNU/Linux.
Seth Godin établie une grille de lecture pour juger de la viralité d’un « produit » (au sens large, un produit pouvant être une idée, un concept, …).
Alors, je vous propose de regarder chaque item de la « formule » magique » que nous délivre Godin dans son livre et de faire la comparaison avec GNU/Linux.
Ingrédient n°1 : Les influenceurs
Il existe selon Godin deux types d’influenceurs :
- les super puissants (Michel Drucker, Oprah Winfrey
), déjà installés, qui ne cherchent qu’à garder leur image d’influenceur au top, généralement écouté par le grand public. - et les « immoraux » qui colportent volontier votre message pourvu qu’ils y trouvent un interêt sonnant et trébuchant
Par essence GNU/Linux peut difficilement s’adresser au second. On imagine pas Canonical payer certaines personnes pour qu’elles persuadent papa ou maman d’installer Ubuntu sur tous les PC de la maison.
Quant aux premiers, ils sont difficilement accessibles car les infuenceurs aiment les remplisseurs de vide. C’est à dire, les concepts qui apporte une solution à un besoin auquel personne n’avait jusqu’ici répondu de manière satisfaisante. Or, en matière de système d’exploitation grand public, GNU/Linux est arrivé après Apple et Microsoft. Le vide ne l’était plus.
Aujourd’hui, GNU/Linux se contente d’influenceurs peu connus du grand public et dont la portée est toute relative.
Cela veut-il dire que l’approche grand public pour GNU/Linux, c’est foutu?
Ingrédient n°2 : La ruche
La ruche, c’est la communauté à laquelle vous allez parler, notamment via les influenceurs. Cette communauté a un problème, et vous, vous avez la solution. Les influenceurs, reconnus par cette ruche, se chargeront de faire la promotion de cette solution.
A sa manière GNU/Linux, comble les besoins d’une multitude de ruches via de multiples distributions.
Mais aucune, sur le territoire des PC, tellement occupé, n’a pu réellement se démarquer auprès du grand public, notamment à cause de l’eco-système de logiciels si fort dès le départ sur Windows notamment.
Ingrédient n°3 : La vélocité
La vélocité, c’est la capacité intrinsèque du produit à être diffusé rapidement auprès d’un public de masse. Napster était un produit intrinsèquement véloce. Partager ses MP3 avec les autres, rien de plus simple à expliquer.
Maintenant, GNU/Linux. Comment expliquer facilement « la grande idée » derrière GNU/Linux et ses milliers de distributions? Postez vos idées en commenaires…
Ingrédient n°4 : Le vecteur de communication
Une fois que le produit est lancé, il ne vous appartient plus. C’est à la ruche de disperser là où elle l’entend votre message.
Concernant GNU/Linux, les innombrables blogs, forums, planets etc… montrent qu’il n’y a pas de problème de vecteur de communication.
Ingrédient n°5 : Le media
Cette partie est importante. Certains produits sont eux-même des médias de communication, portant intrinsèquement le message.
Prenons l’exemple de Doodle. Doodle est une petite application web super pratique qui permet de déterminer sans frictions la date d’une soirée par exemple. Le produit est donc le médium de communication. En effet, mes amis se rendent à ma demande sur Doodle pour poser leurs créneaux de disponibilité, découvrent en même temps le service et seront certainement de futurs utilisateurs pour une partie d’entre eux. J’en ai fait l’expérience très récemment.
GNU/Linux n’a pas cette force aujourd’hui, sauf à déporter dans les nuages, comme le fait Canonical, quelques services phares comme le stockage, accompagné de fonctionnalités de partage.
Ingrédient n° 6 : Le sex appeal
Pour qu’un produit/idée soit diffusé, il doit à la fois offrir des outils pratiques (bouton « Like » , « Tweet » etc…) mais aussi donner confiance, notamment par son aspect. Je (ne) citerais (pas) l’exemple des iBooks, de l’iPhone, de l’iPad…
Longtemps, GNU/Linux a été synonyme d’interfaces graphiques pauvres, voire de lignes de commande, assez loin des aspirations et des compétences du grand public. Aujourd’hui, ce temps est révolu. GNOME ou KDE n’ont rien à envier aux interfaces de Mac OS X ou Windows 7. Seulement, la légende est tenace.
Je ne vais pas vous raconter ma vie, mais il se trouve que mon netbook Samsung avec Ubuntu 10.10 étonne toujours pas sa fluidité (merci le SSD, parce que sinon…) et le sex appeal de son interface balayant ainsi chez les non-initiés que je croise l ‘image trop geek de GNU/Linux.
Ingrédient n°7 : La persistance
Il y a certains produits qui sont l’effet d’une mode sans que cela ne dure très longtemps. Seth Godin cite le meilleur exemple ; celui du laser-pointeur. Après que tout le monde se soit rendu compte qu’il valait mieux faire de bons slides légers plutôt que de mauvais slides surchargés, la mode du laser était finie.
Concernant GNU/Linux, nous ne sommes pas dans ce cas de figure.
Ingrédient n°8 : L’amplification
L’amplification du message ne peut se faire que par des outils simples que la ruche peut utiliser sans troubles. Comme exemple récent, je donnerais Farmville, intrinsèquement lié à Facebook, le jeux est devenu facilement un vrai virus (nous avons en moyenne plus de 100 contacts Facebook…).
Il n’y a pas de tels outils au sein de l’eco-système GNU/Linux et la présence des distributions GNU/Linux au sein de Facebook, par exemple, est plutôt faible sauf pour certaines qui jouent la carte sociale comme Jolicloud (enfin, qui tentent de la jouer…;-)).
Conclusion …
Le diagnostique de Seth Godin établi en 2000 se révèle aujourd’hui toujours vrai. A mon sens, et selon la grille de lecture formulée par Godin, la principale explication provient du manque de vide à combler sur le PC. Les utilisateurs n’ont pas besoin d’un troisième OS.
Deux OS suffisent à répondre à la grosse majorité des besoins. Il faut donc que GNU/Linux trouve d’autres vides à combler (sur d’autres terminaux) pour apporter des solutions qui lui sont propres. et ainsi trouver petit à petit des influenceurs puissants pour transformer GNU/Linux en une idée virale …de masse, ce qu’elle n’est pas aujourd’hui.
Et vous qu’en pensez-vous?
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