21.oct.2011 Richard Stallman à Sciences Po le 19 octobre : mes notes sur la conférence
Ce mercredi avait lieu dans les locaux de l’IEP une conférence de Richard Stallman, ai-je besoin de vous le dire, à l’origine de la licence GPL et du logiciel libre.
Organisé par Libertés Numériques, l’association techno de Sciences Po, cet événement libriste m’a permis de constater de visu’ la solidité de la popularité de rms.
Une dame me demande, surprise par la longue file d’attente devant l’amphi’ Emile Boutmy : « euh….pouvez-vous me dire ce qui attire autant de monde??? »
L’évocation de Stallman et de son combat n’a pas eu l’air de toucher la malheureuse qui rebroussa chemin. bon….
Installé confortablement dans l’amphi, je vois ça :
…Stallman en train de bosser sur son netbook, imperturbable, avec son look habituel certifié conforme.
Après une courte introduction d’un ponte de Sciences Po, et un grattage de pied du gourou barbu du logiciel libre, c’est parti pour 1h30 de discours sans interruption et 30 minutes de questions et…. une vente de gnou en peluche (oui oui).
rms articule son discours autour des menaces qui pèsent sur les démocraties numérisées.
Avant toute chose, je précise que ce sont mes notes remises en forme. Les citations sont donc approximatives mais reflètent bien le propos il me semble.
Vos commentaires pour rectifier ici ou là sont les bienvenus.
Menace 1 : la surveillance numérique
rms commence par expliquer que Windows, l’iPhone et maintenant le kindle nous surveillent. Ils surveillent notre localisation, nos achats et peuvent en tirer un portrait assez fidèle de nos idées et plus généralement de votre vie.
Même le velib’ parisien est potentiellement un espion qui surveille vos déplacements.
Le problème, c’est que ces informations pourront être à la disposition d’un dictateur demain s’il en venait un au pouvoir.
Il est donc important d’anticiper cela.
Menace 2 : la censure
rms revient rapidement sur le cas chinois.
Plus rigolo, rms évoque le cas du Danemark.
« Le Danemark a censuré la page wikileaks qui dévoile les sites censurés au Danemark »
A propose de Wikileaks, rms raconte également les différentes péripéties de l’hébergement du site.
Menace 3 : les formats propriétaires
Le problème, c’est qu’on ne sait pas ce qu’il y a derrière ces formats. Aucune compagnie ne devrait avoir le droit de proposer des formats propriétaires.
rms lance alors un appel à l’utilisation des formats libres, notamment dans le domaine de l’audio.
« Arrêtez de partager des MP3. Partager un MP3, c’est mettre une pression supplémentaire sur GNU/Linux »
Menace 4 : le programme qui contrôle l’utilisateur
Il y a toujours quelqu’un derrière le programme. Et ce quelqu’un a plus de pouvoir que l’utilisateur dans le cadre des logiciels propriétaires (privateurs selon le vocabulaire stallmanien).
« Les logiciels privateurs sont injustes et ne doivent pas exister. »
Exemple de ce pouvoir, le cas du Kindle d’Amazon (renommé pour l’occasion Swindle, je vous laisse regarder la traduction). rms rappelle l’histoire des exemplaires de 1984 effacés à distance sur certains Kindle par Amazon suite à un problème de droit d’auteur. Tout cela bien sûr sans le consentement des utilisateurs/acheteurs.
rms rappelle alors les 4 libertés fondamentales du logiciel libre :
la liberté d’exécuter le programme, pour tous les usages,
la liberté d’étudier le fonctionnement du programme et de l’adapter à ses besoins,
la liberté de redistribuer des copies du programme (ce qui implique la possibilité aussi bien de donner que de vendre des copies)
la liberté d’améliorer le programme et de distribuer ces améliorations au public, pour en faire profiter toute la communauté.
rms rappelle que GNU a été conçu comme un copie d’Unix afin de faciliter le switch des développeurs traditionnels.
Puis la guéguerre Linux vs GNU reprend.
« Please call it GNU/Linux. Sinon c’est Linux qui va porter les valeurs du logiciel libre alors que ces gens-là ne sont pas d’accord avec celles-ci »
L’open source en prend aussi pour son grade.
Plus intéressant, rms revient sur l’école et note que celles-ci ne proposent pas de logiciels libres et obligent les écoliers à prendre le plie de Windows par exemple. Alors que selon rms…
« …c’est la responsabilité morale des écoles d’apprendre et faire utiliser les logiciels libres. L’école doit apprendre la bonne volonté et l’entre-aide. »
Menace 5 : les services centralisés
rms parle notamment de Facebook.
Il y a les données que Facebook reçoit volontairement de la part de ses utilisateurs et celles qui sont collectées via d’autres moyens (voir l’histoire récente des cookies d’après sessions).
« les SAAS (Service As A Software) ne sont pas en ligne avec le logiciel libre car il est impossible pour l’utilisateur de contrôler les serveurs qui centralisent les informations, quand bien-même ils tournent sur des logiciels libres. »
Ensuite vient l’exemple des services de streaming… incompatibles avec les libertés du logiciel libre pour les mêmes raisons et la capacités de ses services à changer de conditions d’utilisations en cours de route.
Menace 6 : computer for voting
Avec les bornes informatiques de vote, nous ne pouvons pas vérifier si notre vote a bien été pris en compte et les possibilités de détournement des suffrages sont plus élevées.
Donc il s’agit d’une réelle menace.
Après une franche critique de DAVSI et HADOPI, rms fait deux propositions pour financer les artistes :
Une première solution basée sur une taxe pour les artistes . La redistribution de cette taxe se fait sur la base de la popularité mais avec une différence limitée entre le moins populaire des artistes et le plus populaire
et/ou
un système de don comme Flattr.
Une gnou à 430€
Pour terminer rms a improvisé la mise en vente aux enchères d’une gnou en peluche, signé par lui. Résultat : 430€. Pas mal pour une peluche à 10$.
S’en suivir quelques questions de l’assistance dont un intervenant de la quadrature du net il me semble. Je n’ai rien retenu de cette partie, si ce n’est une gueulante de rms face à deux étudiants qui lui coupaient la parole alors qu’il tentait de répondre à leur question sur les sites pedo-nazi.
Pour finir, le discours de rms est très bien rôdé et donne même l’impression quelques fois que le barbu est en mode automatique. C’est sans doute le cas. Mais sa vision est toujours restée la même, comme le montre l’excellente biographie disponible sur framabook et ses explications sont convaincantes.
Je remercie donc Sciences Po et plus particulièrement Libertés Numériques d’avoir organisé cette rencontre avec rms.
La vidéo de la conférence sera bientôt disponible sur le site libertés numériques.
Vous pouvez également retrouver les tweets de la conférence ici.
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